A 13 ans, je gagnais déjà ma vie

Prof de fitness dans le canton de Neuchâtel, Caterine a quitté la Colombie à 18 ans, laissant derrière elle son travail et ses parents.

«La vie en Suisse est moins festive qu’en Colombie, mais avec la Zumba, discipline que j’enseigne, je fais la fête une heure par jour ! Cette danse sportive me relie à mes racines et ça me fait du bien», confie Caterine de son sourire éclatant. Cette Colombienne de 23 ans travaille comme prof d’aérobic dans plusieurs fitness du littoral neuchâtelois et se prépare maintenant avec acharnement pour réussir les examens d’entrée à la Haute école fédérale de sport de Macolin. Un défi de plus pour cette jeune femme charismatique, qui a appris très tôt à se battre. Pour réaliser ses rêves. Mais aussi pour soutenir sa famille.

«Mes parents viennent tous deux de la campagne. Ils sont partis de rien et ont dû se débrouiller dès leur plus jeune âge», raconte Caterine qui a grandi dans la capitale à Bogota mais qui a bien connu le village de son père, dans la jungle au Nord du pays. «C’était magique, avec des animaux partout, des fruits à profusion et une rivière où se baigner. Il n’y avait ni WC, ni électricité et on dormait par terre sur le sol en bois.»

Terres confisquées
La Colombienne garde des souvenirs rayonnants de ces moments de vacances dans ce coin de terre qui lui est désormais interdit… depuis qu’un des groupes armés engagé dans le conflit interne qui ensanglante le pays depuis des décennies s’est emparé du domaine familial. «Cela arrive souvent dans les coins reculés. On ne peut rien faire», explique Caterine, qui a suivi une partie de sa scolarité dans une école pour filles, où elle est devenue une pom pom girl de haut niveau. «La compétition m’a permis de voyager dans toute la Colombie. On travaillait l’acrobatie, la gymnastique au sol, la danse, c’est une discipline très exigeante.»

Pour poursuivre cette passion et devenir économiquement indépendante de ses parents, la jeune fille a commencé à 13 ans à vendre de la petite marchandise à ses camarades de classe. «C’était interdit à l’école, mais mes profs fermaient les yeux car ils comprenaient ma situation.»

Bourreau de travail
Depuis, Caterine n’a jamais cessé de travailler. A 16 ans, elle a été engagée comme secrétaire, avant d’être formée comme aide-comptable et gestionnaire des stocks dans une société d’import–export de lunettes. L’adolescente qui ne comptait pas ses heures partait de chez elle à 6h du matin et rentrait vers 22h. «J’avais un travail dans un pays où les places sont rares, un petit copain, mes proches autour de moi, je pensais n’avoir rien d’autre à rêver. Mais ma sœur qui était partie vivre en Suisse a insisté pour que je la rejoigne. J’ai dit oui du bout des lèvres, je crois plus pour elle que pour moi», confie Caterine qui a vécu difficilement ses premières semaines dans la région. «J’avais l’ennui et passais mes journées sur skype (téléphone par internet) avec mes parents. Mais aujourd’hui, je ne regrette pas mon choix.»

La jeune Colombienne a appris le français à l’université de Neuchâtel et a subvenu à ses besoins grâce à des boulots d’étudiante, comme serveuse ou promeneuse de chiens. Quatre ans plus tard, Caterine a bel et bien posé ses valises en Suisse. Elle investit son énergie débordante, sa soif de vivre et sa joie communicative là où elle est. Qu’elle soit ici ou ailleurs, elle sera certainement heureuse...

Des discos pas très dansantes
De Bogota au village de Nods sur le plateau de Diesse. Le changement a été de taille pour Caterine, qui a découvert une Suisse très calme et propre, sans chient errant, ni mendiant, mais manquant à ses yeux de chaleur humaine. «Le côté distant des gens m’a surprise et m’a parfois blessée. A l’époque, j’étais très expressive, je rigolais, je pleurais et je parlais très fort, mais ça ne collait pas avec la mentalité d’ici», confie la jeune Colombienne, qui a également découvert avec étonnement l’ambiance plus retenue des discothèques en Suisse. «Je me demandais pourquoi les gens restaient assis au bar plutôt que de profiter de la piste. Dans mon pays, on danse à toute heure du jour et de la nuit ! Mais à chacun sa culture», ajoute-t-elle avec respect. La prof d’aérobic étudie maintenant l’allemand en prévision des cours de sport qu’elle espère suivre à Macolin… apprendre une langue de plus ne fait pas peur à cette jeune femme que ceux qui la connaissent définissent comme déterminée et fiable. Un tempérament qui se moule parfaitement aux exigences du mode de vie helvétique.

La Colombie en bref

Superficie : 1 140 000 km2 (deux fois la France).

Population : 47 millions d’habitants (62 millions en France).

Capitale : Bogota.

Chef de l’Etat : Juan Manuel Santos, depuis 2012, proche allié de l’ancien président Uribe qui ne pouvait se présenter pour un 3e mandat.

Histoire : 1500 : colonisation du pays par les Espagnols. 1819 : emmenée par Bolivar, la population en insurrection obtient l’indépendance. Conservateurs et libéraux alternent le pouvoir durant des décennies. Années 60 : le trafic de stupéfiants commence à se développer. Apparition de guérillas d’inspiration marxiste. Années 80 : des groupes paramilitaires sont constitués pour venir à bout des mouvements révolutionnaires. Le conflit alimenté par le trafic de cocaïne et les kidnappings reste profondément enraciné en Colombie même si depuis 2002, l’Etat a repris le contrôle de certaines zones rebelles et a obtenu le désarmement de la principale force paramilitaire.

Statistiques : 117 Colombiens résident actuellement dans le canton de Neuchâtel.

Valérie Kernen

Cette rubrique est soutenue par le Service de la cohésion multiculturelle du canton de Neuchâtel. Retrouvez la galerie de portraits écrits et radiophoniques sur le site



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